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Osu !
J’aime bien lire les articles de Régis ARNAUD sur Newsweek Japan (en japonais). Il donne un point de vue français (souvent « karakuchi » ①) sur l’actualité japonaise ; récemment par exemple il a écrit des articles très critiques à l’encontre de la manière avec laquelle le gouvernement japonais essayait de donner envie aux touristes étrangers de se rendre au Japon (il critiquait entre autres le fait d’utiliser comme ambassadeurs des boysbands nippons « yurukyara »② totalement inconnus du public non-Japonais). Ces articles ont à leur tour suscité pas mal de réactions.
Qui est Régis ARNAUD ?
Régis ARNAUD est correspondant au Figaro, rédacteur en chef de la revue trimestrielle de la CCIFJ « France Japon Eco ». Il a aussi écrit un roman introuvable mais dont on peut lire un extrait ici et fait également dans la création artistique (films, théâtre). Encore un sempai quoi. Même que je l’ai aperçu la semaine dernière quand je suis allé faire à tour à la CCIFJ.
Dernière article (5 décembre 2011)
Dans son dernier article publié aujourd’hui, il parle du paradoxe entre le fait que le Beaujolais Nouveau – vin pourtant populaire et relativement peu complexe quant à sa fabrication – cartonne au Japon grâce à un marketing efficace alors que le nihonshu ③ – alcool d’une profondeur et d’une subtilité qui n’a rien à envier à nos vins – est désespérement mal connu en dehors de l’Archipel. Pour lui, il s’agit en grande partie d’un problème de stratégie marketing (plus ou moins honnête, marketing oblige) : si pour le Beaujolais la machine est rodée de chez rodée, le gouvernement japonais (encore lui !) et les producteurs de nihonshu sont, quant à eux, des grosses quiches en matière de promotion.
Pour l’anecdote, moi qui vis à Nada (un haut lieu de la production japonaise de nihonshu), je ressens la même chose dans mon travail, car dans le boulot de CIR il est parfois question de cuisine. Les producteurs de nihonshu se plaignent en effet que pour les Français, le « saké » se résume à l’alcool à 40° qu’on nous sert en guise de digestif dans les restos pseudo-japonais. Cet alcool n’a rien à voir avec le nihonshu, ainsi la première mission de ces producteurs est de casser cette perception. J’ajoute que lors de la venue d’Hervé BUSSET mise en lien ci-dessus, je me souviens qu’il avait trouvé un saké qui se mariait particulièrement bien avec le chocolat (pour le dessert de ce mémorable repas franco-japonais en mars 2010 il y avait un Paris-Brest avec une sauce chocolat). Même moi qui n’y connais rien et qui ne commence à vraiment apprécier l’alcool que depuis quelques semaines (nom de dieu j’ai mis le temps...), j’ai kiffé ! C’est pour vous dire à quel point il y a du potentiel dans ces choses-là.
Soirées Nihonshu !
Le second gros point de son article, je ne sais pas s’il pense réellement ce qu’il écrit, mais je trouve l’idée très bonne : afin de rétablir l’équilibre entre la forte consommation d’alcool français au Japon et celle quasi inexistante de saké en France, Régis ARNAUD propose d’organiser des « Soirées Nihonshu » chaque année lors de l’équinoxe d’automne, soirées pendants lesquelles le nihonshu serait vendu à prix réduits dans les désormais nombreux restaurants japonais de l’hexagone. Quelques-uns des 35 000 Japonais sur Paris viendraient en kimono et sur les bords de la Seine (oui a priori la province n’existe pas, mais on va pas tout lui demander quand même à M.Arnaud....), on organiserait des tsukimi-kai (des séances de « visionnage de la lune » dans le même esprit que les hanami). Tout cela aurait pour effet de booster la demande en matière de nihonshu et de donner davantage envie aux Français de faire un tour au Japon et de visiter les fabriques de saké ! (Venez dans le Hyôgo on en a plein ! Et Niigata en est un gros producteur aussi !! ^^)
Son japonais
Dernière chose, ces articles sont vraiment écrits dans un bon japonais, je les recommande aux apprenants. Moi qui envisage de bloguer un peu plus dans cette langue, je serais très content si j’avais une telle maîtrise de l’écrit ! Soit il est traduit, soit il est native-checké. Ne l’ayant jamais rencontré ni entendu parler japonais, je ne peux rien en dire.
Une chose quand même, là aussi juste à titre anecdotique, une fois j’ai vu à la télé un autre correspondant d’un grand quotidien français (Le Monde), Philippe MESMER. Pour 9 ans de Japon et vu le poste qu’il occupe, franchement je l’avais trouvé plutôt moyen (et je n’étais pas le seul à penser ça : lien fofo).
Des Soirées Nihonshu donc. A boir..., pardon, à voir.
Jérémy
Vocabulaire japonais :
①Karakuchi (辛口 からくち) : « sec » comme « vin sec » au sens propre. Au sens figuré ce mot s’utilise souvent dans le sens de « sévère », pour parler d’une critique par exemple.
②Yurukyara (ゆるキャラ) : mot composé de l’adjectif « yurui » (緩い ゆるい lâche, mou) et d’une abrévation de « kyarakutaa » (version japonisée de « character », personnage). L’expression complète originale est ゆるいマスコットキャラクター (yurui masukotto kyarakutaa). Il s’agit de ces innombrables mascottes que l’on trouve partout au Japon pour représenter des organismes publics, des entreprises etc. (expression moderne de la croyance en des kamis habitant toute chose ?).
③Nihonshu (日本酒 にほんしゅ) : littéralement, « alcool japonais ». Je suppose que c’est l’équivalent japonais de ce que nous appelons « saké », sans trop savoir de quoi on parle.
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