Partager l'article ! Passage FM waiwai 6 février 2012 (langues et cultures celtes): Bonjour ! Lundi 6 février, avec mon collègue Be ...
Bonjour !
Lundi 6 février, avec mon collègue Ben, nous sommes allés à nouveau faire un tour dans les studios de FM waiwai pour y parler de langues et cultures celtes... Au Japon ça évoque quoi la culture celte ? De la musique (Cécile Corbel a fait beaucoup parler d’elle avec ça), des fées et des légendes, le Seigneur des Anneaux (?!), etc. Il serait bien présomptueux de dire que nous sommes venus rectifier le tir, mais nous avons pu parler en japonais de nos expériences. Petit récit des choses dont nous avons parlé...
J’ai grave assuré sur les tofs cette fois : j’en ai pris deux !
Ah oui, l’émission en japonais est disponible ici.
Une émission que nous avons tenu à faire
La dernière fois que nous étions passés sur cette radio, faute de temps nous n’avions pas pu aborder un point essentiel : nous sommes tous les deux très liés à nos langues celtiques, le gallois et le breton. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé de revenir afin de présenter nos expériences et, comme d’habitude, le staff de FM waiwai a été très ouvert et très disponible. Merci à eux !
Juste avant de passer à l’antenne.
Mieux connaître ses racines, c’est d’abord s’en éloigner
Même si je ne serais pas honnête si je m’inventais de fortes attaches avec le Pays de Galles, le fait est qu’en 2003 j’y ai effectué un séjour de plusieurs mois à travailler dans un hôtel-restaurant, à une période de ma vie où je ne savais pas du tout quoi faire de mes dix doigts (c’est toujours une bonne chose d’être paumé de temps en temps)... J’ai donc pu expérimenter l’étrange « connivence celte » entre étrangers, c’est sur cette idée-là que les présentateurs ont ouvert l’émission.
Nous avons ensuite parlé de nos rapports à nos langues, pourquoi nous nous sommes mis à les apprendre. Pour Ben comme pour moi, le Japon a joué un rôle décisif : nous ne nous serions jamais autant intéressés à ces langues si nous n’avions pas eu à partir loin et pour longtemps. C’est précisément parce que nous avons quitté nos pays respectifs que nous nous sommes posés la question de notre identité, nos racines. Sans cela tout aurait continué à aller de soi ; rien n’aurait fait l’objet de remises en question particulières.
Ben a vécu au Pays de Galles jusqu’à l’âge de 7 ans. C’est là que sa famille a ses attaches. Il a ensuite dû déménager en Angleterre et s’est spécialisé en japonais à la fac. C’est lors de son premier séjour au Japon, en échange universitaire, qu’il a commencé à vouloir être mieux capable de présenter sa culture; le JET n’a fait que l’encourager à faire la même chose (pour ne pas dire le forcer, car tous les CIR doivent passer par là : revenir sur leur propre culture). Dans l’émission il mentionne aussi sa grand-mère qu’il a revue avant de s’en aller au Japon, cela l’a beaucoup motivé pour apprendre le gallois.
Moi, pour les raisons qui m’ont poussé à ajouter le breton à la liste des quelques langues dans lesquelles je souhaite réellement être compétent, je vous renvoie à cet article. Pour faire simple je puis dire que ma démarche est étonnamment proche de celle de Ben (je cache certains détails un peu trop privés), la seule différence étant que je viens d’un endroit dont la « bretonnité » est, au moins géographiquement, toute relative (voir plus bas).
Etat actuel du gallois et du breton
Nous avons également été interrogés sur l’état de nos langues.
Le Pays de Galles faisant office de bon élève dans ce domaine, c’est Ben qui a ouvert le bal. Il a évoqué le Welsh Language Act de 1993, l’abondance de médias en gallois ainsi que le rôle de la musique. Cela nous a permis d’insister sur l’importance pour les langues en danger d’avoir un statut légal et de disposer de médias efficaces pour être diffusées. Concernant les conditions nécessaires pour faire revivre une langue en mauvais état, plus tard dans l’entretien nous avons aussi parlé de l’implication des jeunes (au Pays de Galles l’enseignement du Gallois est obligatoire jusqu’à 16 ans !!) et des formidables possibilités qu’offre Internet (un exemple avec BrezhoweB, web-télé entièrement en breton qui ne souffre pas des contraintes de temps d’antenne comme sur France 3). On parle de 700 000 galloisants au Pays de Galles, c’est la langue celtique la plus en forme.
Pour ce qui est du breton, la situation est nettement plus tendue que le gallois. Vous trouverez facilement plein d’informations sur ce sujet, mais pour aller à l’essentiel, la langue n’est plus parlée que par 200 000 personnes environ, chiffre incluant de nombreux retraités. L’enseignement bilingue est en constante augmentation mais les chiffres restent insuffisants. On compte actuellement 14 000 jeunes en filières bilingues (écoles Diwan, etc.). Le réseau associatif et les activités artistiques autour du breton sont légion mais il manque un peu de tout : manque de moyens, manque de locuteurs, manque d’enseignants bilingues, manque de médias, manque de volonté politique... Tout compte donc, même ce petit article et mes petits efforts.
Autour des deux langues : répressions et mots dans le quotidien
Avançant d’un pas supplémentaire dans le côté morose des langues et cultures celtes (avant de repartir sur une note plus gaie !), nous avons également parlé d’exemples d’humiliations que la majorité linguistique fait subir aux minorités. Eh bien je ne surprendrais personne en disant qu’à Okinawa, dans les Îles Amami, au Pays de Galles et en Bretagne c’est à peu près la même chose...
Sur une note plus légère, nous avons donné quelques exemples de mots gallois/bretons particuliers :
- Penguin : certains pensent que le mot vient du gallois « pen » (la tête) et « gwyn » (blanc). Penguin est un exemple d’autant plus pertinent qu’il est utilisé tel quel en japonais pour désigner l’animal en question (ペンギン pengin).
- Baragouiner : fréquemment employé en français, il vient du breton « bara » (le pain) et « gwin » (le vin). Sur l’origine de ce terme, excellentes explications de Bernard Cerquiglini ici.
- Kenavo : un des rares mots bretons que beaucoup de non-bretons connaissent, de la même manière que la plupart des Japonais savent dire bonjour ou merci (1) en coréen sans avoir appris la langue.
- Araf : « Slow » sur les routes du Pays de Galle (de la même façon qu’on trouve beaucoup de signalisation bilingue en Bretagne). Tout le monde connaît au Royaume-Uni.
- Heddlu : celui-là je ne le connaissais pas du tout. Il signifie « police » en gallois et comme « araf » il est très connu.
Les « Bretonnais » et les « Welshanese »
Nous avons aussi tenu à mentionner quelques Japonais très proches du gallois et du breton : HARA Kiyoshi et NAGATA Yoshifumi.
HARA Kiyoshi, j’en ai parlé dans un article aussi long qu’inutile ici. Enfin je dis « inutile » mais une personne a eu la bonté de dire du bien de cet article ! Qu’elle soit remerciée pour son indulgence.
Le gallois est une fois encore en avance sur les autres langues celtiques : NAGATA Yoshifumi, avec un certain KOIKE Takeshi, a publié une méthode de gallois en japonais. Vous trouverez plus de détails sur ces deux personnages dans cet article de la BBC. Bravo à eux et à moi de me bouger les fesses pour publier la première méthode de breton en japonais !!
Ce que je n’ai pas pu dire à la fin !
Un autre sujet que je tenais à aborder : la « bretonnité » ambivalente de Nantes et de la Loire-Atlantique. J’aborde parfois ce sujet au Japon, parce que cela fait partie de l’histoire de mon département et surtout parce que ça permet de sortir de ce que les Japonais veulent entendre à propos de la France (Paris, Paris, Paris, P...). La France c’est de la diversité même à l’intérieur. Mais là encore occupé à partir en vrille sur d’autres sujets je n’ai pas eu le temps d’en parler...
Ben et moi avions réfléchi à une bonne manière de conclure l’émission : la globalisation ne doit pas être synonyme d’uniformisation. Le monde change, nous devenons de plus en plus interdépendants les uns par rapport aux autres, il faut s’ouvrir aux cultures extérieures; certes, mais tout cela ne peut pas se faire sainement si d’abord on ne sait pas qui l’on est et d’où l’on vient. C’est justement à l’heure de l’anglo-américain et du global business qu’il faut savoir revenir vers ses racines, son passé. C’est pour ça que grâce au JET je me suis mis au breton, à l’histoire de France, aux cultures antiques, etc.
N’ayant pas pu dire toutes ces belles choses, je le ferai dans une prochaine émission alors ! ^^
Jérémy
(1)
Bonjour : 안녕하세요 annyeong haseyo
Merci : 감사합니다 gamsa habnida
(↑Je ne maîtrise pas encore très bien la transcription du coréen en caractères latins)
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