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Lundi 9 juillet 2007

Pourquoi je ne suis jamais allé au Japon ?

 

Il n’est pas impossible que ceux qui me connaissent se posent la question.

Je parle en effet japonais, j’aime le Japon, j’ai plein d’amis japonais dont certains qui m’ont invité là-bas, je me suis investi dans plein d’activités culturelles et associatives franco-japonaises, tout le monde me dit d’y aller, mais en plus de 10 ans, je n’ai jamais mis un pied au Japon. J’ai même poussé le vice jusqu’à être embauché comme traducteur/interprète dans une boîte japonaise alors que je n’étais toujours pas allé au Japon.

 

Pourquoi ?...

 

Je pense que la principale raison pour laquelle j’ai fait ça tient au fait que je sois très têtu et que j’aie plein de choses à me prouver. Je qualifierais cette raison de psychologique, dans le sens où elle relève de ma propre personnalité.

J’ai très rapidement compris à quel point j’aimais la langue japonaise, tout a été très clair dès les premiers pas. « Le japonais ? OK, ce sera ça. » J’ai aussi vite compris que ça allait prendre beaucoup de temps et que ça n’allait pas être simple, par conséquent mon objectif dès le départ a été d’élaborer un plan très solide dont les piliers seraient le temps, le travail, la patience et la persévérance. Prendre des années et des années pour parler japonais, avoir des diplômes de japonais, bénéficier d’une bourse, d’un échange universitaire ou de quoique ce soit qui me permette de partir dans de bonnes conditions ; toutes ces choses là étaient pour moi un minimum. Il s’agissait d’un projet de vie, pas de la planification de mes prochaines vacances.

Un jour, une des premières japonaises que j’ai rencontrées m’avait présenté un français qui revenait d’un long séjour au Japon comme enseignant. Cet homme-là était très débrouillard et en savait long sur les moyens de rester là-bas. Il m’avait donné plein de conseils. Moi, je respecte sa démarche, mais tout ce qu’il me disait ne me faisait pas vraiment rêver : aussi utiles qu’étaient les tuyaux qu’il me donnait, je n’en gardais pas moins l’impression que pour lui l’objectif était d’aller vite et, d’une certaine manière, de faire le moins d’efforts possible. Cela ne m’intéressait pas. J’avais compris ce jour-là à quel point je n’avais pas envie de me presser ni de brûler les étapes.

 

Même si maintenant que je bosse je commence peu à peu à voir les choses différemment, jusqu’à une certaine époque il aurait été impensable pour moi de faire du tourisme au Japon. Ma priorité était de me prouver que j’étais sincère, que le Japon n’était pas qu’une nouvelle lubie comme en aurait n’importe quel ado qui se cherche, j’avais besoin de me mettre à l’épreuve, j’avais besoin de me tester et de savoir jusqu’où je pouvais aller avec mes seules forces. Je n’avais pas qu’une envie de me distraire, et me faire chier tout un été à bosser dans une usine pour deux ou trois pauvres semaines au Japon (sans parler du compte vide au retour) était tout simplement hors de question (et pourtant dieu sait si je respecte ceux qui l’ont fait). Trop limité dans le temps et superficiel, le tourisme était donc en totale contradiction avec ma vision des choses, et je ne dis pas que j’avais raison de penser ainsi, mais le fait est que je partais de ce principe-là. Maintenant, je trouve que c’est un peu excessif comme attitude, mais en même temps aurais-je pu autant avancer dans ma vie si je ne m’étais pas montré aussi dur et exigeant avec moi-même ? Quoiqu’il en soit vous avez dû sentir mon autre raison : le facteur économique, c’est-à-dire l’argent auquel je n’avais pas accès. Je vois mal comment j’aurais pu partir au Japon avant mes premiers jobs d’été, et l’argent de ces derniers me permettait d’abord de vivre correctement sans avoir à trop dépendre de mes parents.

Maintenant que mes perspectives d’avenir sont beaucoup plus claires j’ai bien l’intention d’en faire plus, mais il est vrai que je n’ai pas non plus ce goût viscéral pour le voyage. Il y en a pour qui le désir de voyager est plus fort que tout, et à bien des niveaux j’admire leur témérité, mais en ce qui me concerne, je ne pense pas avoir besoin de passer par là pour me lancer des défis. Moi, j’ai d’abord besoin de savoir ce que je peux faire à l’intérieur de moi, et j’avoue qu’au jeu de se poser des challenge je vois dans le voyage comme une forme de tricherie en ceci qu’il est facile d’être stimulé par des choses très stimulantes. Oui, il est impératif de voyager, il faut s’ouvrir à d’autres mondes, d’autres cultures, d’autres modes de pensées, mais pour moi, il faut garder en tête l’idée que la seule quête qui vaille la peine d’être menée est celle de soi à soi-même. Le plus important est à mon avis de ne pas se perdre en cours de route.

 

Je pense malgré tout que l’argument psychologique l’emporte sur l’économique : c’est-à-dire qui si j’avais vraiment voulu me rendre au Japon, cela n’aurait pas été simple financièrement, mais restait quand même dans le domaine du jouable. Deux ou trois semaines, pour peu que l’on me logeât, cela ne m’aurait pas coûté énormément plus que le prix du billet aller-retour. Mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas aller au Japon avec une contrainte temporelle aussi forte, et je voulais encore moins dépendre des autres… Et je me demande si je ne suis pas un gros crétin, car si moi j’en avais l’occasion, je pense que ce serait avec un plaisir immense que je donnerais à quelqu’un la possibilité de pouvoir découvrir le Japon. Mais bon, si je suis un idiot (ce qui ne m’étonnerait franchement pas), au moins je suis heureux de le réaliser et ferai en sorte de me corriger. Je suis certes un imbécile, mais tout ce que j’ai fait je l’ai fait avec l’intention de rester fidèle à mes principes, avec l’intention de respecter les règles du jeu que je m’étais fixées dès le départ. Certaines personnes pourront me trouver étrange, mais je trouve qu’avancer dans la vie en se mettant de grosses contraintes est un très bon moyen de se tirer vers le haut et de ne pas se contenter d’obéir bêtement à ses pulsions.

 

Jérémy

Par Jérémy - Publié dans : 3615 Ma Vie
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Commentaires

C'est peut etre aussi pour cette raison que, plutot que d'assayer de vivre au Japon a tout prix, et d'avoir l'immense sentiment de tout reprendre a zero tout en en travaillant dans une usine, c'est pas jouable. Mais arrive un moment ou ca doit être tenté, et la, quand c'est le moment c'est le moment ! ^_^)/
Commentaire n°1 posté par Loys le 12/07/2007 à 18h19
c est marrant, plus je lis ce que tu as ecris plus je me dit que ta demarche et la mienne s opposent. Je respecte completement ta demarche et je me dis que peut etre j aurais du retarder mon premier voyage au Japon meme si je suis trop content de le faire.
Commentaire n°2 posté par johann petitjean le 13/07/2007 à 07h28
Oui, dans l'absolu il n'y a pas de méthode qui soit fondamentalement meilleure que l'autre, l'essentiel est juste de retomber sur ses pattes. On en reparle dans quelques jours! ^^ Jérémy
Commentaire n°3 posté par Jérémy le 13/07/2007 à 18h13
ça va sinon t'es heureux dans la vie ? tu t'aimes toi non ?
Commentaire n°4 posté par Hanshin le 27/09/2007 à 19h53

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