Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 17:29

Bonjour !

 

Deux vidéos à vous présenter. J’écris cet article grave en despi (speed) parce que là il est plus que l'heure de faire dodo. 

 

NÔTO-san

 

La première : Takeshi NÔTO invité dans une émission sur Ustream. J’avais parlé de Nôto-san ici. Je connais pas trop les deux présentateurs (YAMADA Mitsuru et MATSUI Hiroe), mais vous trouverez la page FB de leur émission adecode ici.

 

La vidéo avec l'interview de Nôto-san est visible ici.

 

Quelques repères :

 

-       à partir de 20mn, il parle de ce qui l’a poussé à se lancer dans les Sô-odori. Natif d’Akita, Salary-man parti de zéro, sans expérience dans la danse ni dans l’organisation de matsuri (fêtes traditionnelles), c’est en 2001 qu’il a été frappé par la foudre du yosakoi. De là il a quitté son ancien poste et il a cherché à créer un nouveau matsuri. Il s’est rendu dans le département de Kôchi (Shikoku, donc très loin de Niigata) à l’arrache et a réussi à rencontrer le maire de la ville de Kôchi. Ce dernier l’a aidé en donnant à Nôto-san des infos sur l’organisation de matsuri et il a financé la venue d’une équipe de danseur de Kôchi à Niigata. Un personnage qui a beaucoup inspiré Nôto-san : KUNITOMO Suga. Cette année les Sô-odori en sont à leur 10ème session.

 

-       à partir de 51 mn, comme je l’avais prévu ils parlent beaucoup de Nantes ! Et grâce à Ustream (c’est super comme concept Ustream, je m’y intéressais de près depuis un moment et faudra que je revienne dessus pour vous expliquer de quoi il s’agit) je me suis méchamment tapé l’incruste dans l’émission via FB (vers 1.02.35 et 1.14.20). Il mentionne aussi l'actualité Nantes-Niigata avec la venue de danseurs nantais cette année.

 

Tôkyô Café

 

Seconde vidéo, Suzuka-san et son émission Tôkyô Café sur le bureau des Sô-odori à Nantes. J’avais parlé de Tôkyô Café ici. J’ai un prétexte d’enfer pour poster cette vidéo a priori payante (j’en ai deux en fait) : grâce à moi Suzuka-san vient de faire ses débuts au Japon lol ! Second prétexte : c’est bon pour la promo de la chaîne Nolife.

 

La vidéo de présentation du Bureau des Sô-odori à Nantes avec Suzuka est visible ici.

 

Une remarque quand même : on y peut pas grand chose mais ça aurait été sympa qu’ils parlent plus de Niigata dans l’émission de Suzuka-san.

 

Voilà voilà. Sacré personnage que ce Nôto-san ! Le 22 février il va recevoir une distinction en plus, le Prix Angô! Il est parti de rien et avec sa passion et bien sûr ses nombreux camarades il a réussi à construire un truc de fou dont les Japonais ont bien besoin par les temps qui courent. Bravo à lui !!  

 

Jérémy

Par Jérémy - Publié dans : Nantes-Niigata
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 13:27

Bonjour !

 

Lundi 6 février, avec mon collègue Ben, nous sommes allés à nouveau faire un tour dans les studios de FM waiwai pour y parler de langues et cultures celtes... Au Japon ça évoque quoi la culture celte ? De la musique (Cécile Corbel a fait beaucoup parler d’elle avec ça), des fées et des légendes, le Seigneur des Anneaux (?!), etc. Il serait bien présomptueux de dire que nous sommes venus rectifier le tir, mais nous avons pu parler en japonais de nos expériences. Petit récit des choses dont nous avons parlé...

 

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J’ai grave assuré sur les tofs cette fois : j’en ai pris deux !

 

Ah oui, l’émission en japonais est disponible ici.

 

Une émission que nous avons tenu à faire

 

La dernière fois que nous étions passés sur cette radio, faute de temps nous n’avions pas pu aborder un point essentiel : nous sommes tous les deux très liés à nos langues celtiques, le gallois et le breton. C’est la raison pour laquelle nous avons proposé de revenir afin de présenter nos expériences et, comme d’habitude, le staff de FM waiwai a été très ouvert et très disponible. Merci à eux !

 

 

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Juste avant de passer à l’antenne.

 

Mieux connaître ses racines, c’est d’abord s’en éloigner

 

Même si je ne serais pas honnête si je m’inventais de fortes attaches avec le Pays de Galles, le fait est qu’en 2003 j’y ai effectué un séjour de plusieurs mois  à travailler dans un hôtel-restaurant, à une période de ma vie où je ne savais pas du tout quoi faire de mes dix doigts (c’est toujours une bonne chose d’être paumé de temps en temps)... J’ai donc pu expérimenter l’étrange « connivence celte » entre étrangers, c’est sur cette idée-là que les présentateurs ont ouvert l’émission.

 

Nous avons ensuite parlé de nos rapports à nos langues, pourquoi nous nous sommes mis à les apprendre. Pour Ben comme pour moi, le Japon a joué un rôle décisif : nous ne nous serions jamais autant intéressés à ces langues si nous n’avions pas eu à partir loin et pour longtemps. C’est précisément parce que nous avons quitté nos pays respectifs que nous nous sommes posés la question de notre identité, nos racines. Sans cela tout aurait continué à aller de soi ; rien n’aurait fait l’objet de remises en question particulières.

 

Ben a vécu au Pays de Galles jusqu’à l’âge de 7 ans. C’est là que sa famille a ses attaches. Il a ensuite dû déménager en Angleterre et s’est spécialisé en japonais à la fac. C’est lors de son premier séjour au Japon, en échange universitaire, qu’il a commencé à vouloir être mieux capable de présenter sa culture; le JET n’a fait que l’encourager à faire la même chose (pour ne pas dire le forcer, car tous les CIR doivent passer par là : revenir sur leur propre culture). Dans l’émission il mentionne aussi sa grand-mère qu’il a revue avant de s’en aller au Japon, cela l’a beaucoup motivé pour apprendre le gallois.

 

Moi, pour les raisons qui m’ont poussé à ajouter le breton à la liste des quelques langues dans lesquelles je souhaite réellement être compétent, je vous renvoie à cet article. Pour faire simple je puis dire que ma démarche est étonnamment proche de celle de Ben (je cache certains détails un peu trop privés), la seule différence étant que je viens d’un endroit dont la « bretonnité » est, au moins géographiquement, toute relative (voir plus bas).

 

Etat actuel du gallois et du breton

 

Nous avons également été interrogés sur l’état de nos langues.

 

Le Pays de Galles faisant office de bon élève dans ce domaine, c’est Ben qui a ouvert le bal. Il a évoqué le Welsh Language Act de 1993, l’abondance de médias en gallois ainsi que le rôle de la musique. Cela nous a permis d’insister sur l’importance pour les langues en danger d’avoir un statut légal et de disposer de médias efficaces pour être diffusées. Concernant les conditions nécessaires pour faire revivre une langue en mauvais état, plus tard dans l’entretien nous avons aussi parlé de l’implication des jeunes (au Pays de Galles l’enseignement du Gallois est obligatoire jusqu’à 16 ans !!) et des formidables possibilités qu’offre Internet (un exemple avec BrezhoweB, web-télé entièrement en breton qui ne souffre pas des contraintes de temps d’antenne comme sur France 3). On parle de 700 000 galloisants au Pays de Galles, c’est la langue celtique la plus en forme.

 

Pour ce qui est du breton, la situation est nettement plus tendue que le gallois. Vous trouverez facilement plein d’informations sur ce sujet, mais pour aller à l’essentiel, la langue n’est plus parlée que par 200 000 personnes environ, chiffre incluant de nombreux retraités. L’enseignement bilingue est en constante augmentation mais les chiffres restent insuffisants. On compte actuellement 14 000 jeunes en filières bilingues (écoles Diwan, etc.). Le réseau associatif et les activités artistiques autour du breton sont légion mais il manque un peu de tout : manque de moyens, manque de locuteurs, manque d’enseignants bilingues, manque de médias, manque de volonté politique... Tout compte donc, même ce petit article et mes petits efforts.

 

Autour des deux langues : répressions et mots dans le quotidien

 

Avançant d’un pas supplémentaire dans le côté morose des langues et cultures celtes (avant de repartir sur une note plus gaie !), nous avons également parlé d’exemples d’humiliations que la majorité linguistique fait subir aux minorités. Eh bien je ne surprendrais personne en disant qu’à Okinawa, dans les Îles Amami, au Pays de Galles et en Bretagne c’est à peu près la même chose...

 

Sur une note plus légère, nous avons donné quelques exemples de mots gallois/bretons particuliers :

 

- Penguin : certains pensent que le mot vient du gallois « pen » (la tête) et « gwyn » (blanc). Penguin est un exemple d’autant plus pertinent qu’il est utilisé tel quel en japonais pour désigner l’animal en question (ペンギン pengin).

 

- Baragouiner : fréquemment employé en français, il vient du breton « bara » (le pain) et « gwin » (le vin). Sur l’origine de ce terme, excellentes explications de Bernard Cerquiglini ici.

 

- Kenavo : un des rares mots bretons que beaucoup de non-bretons connaissent, de la même manière que la plupart des Japonais savent dire bonjour ou merci (1) en coréen sans avoir appris la langue.

 

- Araf : « Slow » sur les routes du Pays de Galle (de la même façon qu’on trouve beaucoup de signalisation bilingue en Bretagne). Tout le monde connaît au Royaume-Uni.

 

- Heddlu : celui-là je ne le connaissais pas du tout. Il signifie « police » en gallois et comme « araf » il est très connu.

 

Les « Bretonnais » et les « Welshanese »

 

Nous avons aussi tenu à mentionner quelques Japonais très proches du gallois et du breton : HARA Kiyoshi et NAGATA Yoshifumi.

 

HARA Kiyoshi, j’en ai parlé dans un article aussi long qu’inutile ici. Enfin je dis « inutile » mais une personne a eu la bonté de dire du bien de cet article ! Qu’elle soit remerciée pour son indulgence.

 

Le gallois est une fois encore en avance sur les autres langues celtiques : NAGATA Yoshifumi, avec un certain KOIKE Takeshi, a publié une méthode de gallois en japonais. Vous trouverez plus de détails sur ces deux personnages dans cet article de la BBC. Bravo à eux et à moi de me bouger les fesses pour publier la première méthode de breton en japonais !!

 

Ce que je n’ai pas pu dire à la fin !

 

Un autre sujet que je tenais à aborder : la « bretonnité » ambivalente de Nantes et de la Loire-Atlantique. J’aborde parfois ce sujet au Japon, parce que cela fait partie de l’histoire de mon département et surtout parce que ça permet de sortir de ce que les Japonais veulent entendre à propos de la France (Paris, Paris, Paris, P...). La France c’est de la diversité même à l’intérieur. Mais là encore occupé à partir en vrille sur d’autres sujets je n’ai pas eu le temps d’en parler...

 

Ben et moi avions réfléchi à une bonne manière de conclure l’émission : la globalisation ne doit pas être synonyme d’uniformisation. Le monde change, nous devenons de plus en plus interdépendants les uns par rapport aux autres, il faut s’ouvrir aux cultures extérieures; certes, mais tout cela ne peut pas se faire sainement si d’abord on ne sait pas qui l’on est et d’où l’on vient. C’est justement à l’heure de l’anglo-américain et du global business qu’il faut savoir revenir vers ses racines, son passé. C’est pour ça que grâce au JET je me suis mis au breton, à l’histoire de France, aux cultures antiques, etc.

 

N’ayant pas pu dire toutes ces belles choses, je le ferai dans une prochaine émission alors ! ^^

 

Jérémy

 (1)

Bonjour : 안녕하세요 annyeong haseyo

Merci : 감사합니다 gamsa habnida

(Je ne maîtrise pas encore très bien la transcription du coréen en caractères latins)

 

Par Jérémy - Publié dans : Bretagne-Japon
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 13:38

Bonjour!

 

De la radio encore, de la radio... Mais cette fois il ne s’agit pas de moi : j’ai le plaisir de vous présenter une intervention d’un ami nantais de longue date, Lionel ACKAH, président de l’Association Jeunesse France-Japon. Le 9 décembre dernier (lien), Lio a été interviewé par Takeshi NÔTO, producteur des Sô-odori de Niigata et acteur central de la création de l’Espace-Franco Japonais (l’antenne du Festival des Sô-odori de Niigata).

 

C’est d’autant plus agréable pour moi de présenter cette émission qu’en plus du japonais, Lio et moi avons en commun les quartiers nord de Nantes ainsi que la Fac de Nantes. Lio a en effet été de la première fournée d’étudiants Nantais envoyés à Niigata (2009/2010) en compagnie d’une autre graine de star des relations FJ nantaises : Sam...

 

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 Lio et wam à Niigata, avril 2010. Lio et ses dreads (mentionnées dans l’interview !). Lio et son épaule éternellement déboîtée...

 

NDJ (26 janvier 2012) : boulettte, après demande de confirmation auprès de M.Nôto ce dernier m’a fait savoir que malheureusement la réutilisation des enregistrements n’est pas autorisée, je suis allé trop vite en besogne... Par conséquent, si vous voulez avoir accès au fichier sonore, merci de vous adresser auprès de l’Association Jeunesse France-Japon.

Je précise aussi que cet article propose un compte rendu assez complet de l’interview. Vous n’aurez juste pas accès au son, c’est tout (ça pique un peu mais c’est comme ça)..

  

Emission

 

L’émission s’appelle « Niigata Soul, Earth to Next », un programme hebdomadaire, tous les vendredis de 16h15 à 16h30 sur la radio FM PORT à Niigata (ah la la qu’est-ce que je me japonise à donner tous ces détails...). Nôto-san en est le présentateur. Le principe de l’émission est de donner la parole aux acteurs des matsuri – fêtes traditionnelles – de Niigata (l’âme de Niigata donc, d’où le Niigata Soul), de transmettre leur passion et ce qu’ils ont à dire.

 

Début des échanges entre Lio et Nôto-san

 

Nôto-san commence par quelques explications sur le bureau des Sô-odori à Nantes. Il précise que l’initiative n’est pas encore très connue et qu’il sagit probablement d’une première pour un groupe culturel japonais (pour ma part je confirme que c'est une première). Il rappelle l’existence du jumelage entre Nantes et Niigata et entame ensuite l’entretien avec Lio, à la tête de cette antenne des Sô-odori, en commençant par les circonstances de leur première rencontre.

 

Cette rencontre a eu lieu en octobre 2010, d’autres ont suivi ensuite, mettant en place une formidable dynamique qui a abouti à la création d’un espace franco-japonais qui compte actuellement une centaine de membres (groupe FB ici). Lors de la venue des Sô-odori pour une représentation de danse avec des breakers nantais, Lio s’est occupé de l’interprétariat. Et comme j’ai bien fait mon taf de blogueur autoproclamé des relations nanto-niigataises  (« Fais ce que tu veux faire jusqu’à ce que ça marche, ce même si on ne t’a rien demandé », telle est ma devise), vous trouverez dans la partie Nantes-Niigata de ce blog de nombreux détails sur ces premiers échanges incroyablement prometteurs, avec des informations que je suis allé chercher là où les médias traditionnels ne peuvent pas aller : le Japon et les petits médias. Cette valeur de rareté est toutefois largement entachée par une mise en page dont le caractère artisanal atteint des sommets...

 

Contenu des activités

 

Un autre axe essentiel de l’interview a porté sur le contenu des activités de l’association.

 

Lionel mentionne d’abord les nichifutsukaiwakai (groupes de conversation franco-japonais), version super-saiyajinisée des nihongokaiwakai (groupes de conversation en japonais) que j’avais créés en mars 2005, il y a bientôt 7 ans (ouh pinaise !)...

 

Lio a aussi parlé des ateliers culturels du samedi après-midi présentant des éléments aussi bien de tradition japonaise (jeu de go, origami, shôgi, etc.) que française (pétanque ! quand je vous dis que ça marche !). Des activités outdoor sont également proposées : visite de Nantes, du Mont-Saint-Michel, etc.

 

L’espace comporte également un manga kissa (manga café) et un espace pour apprendre le japonais et le français. Inutile de dire que toutes les activités citées ci-dessus concernent un public franco-japonais.

 

A l’écoute de cela, Nôto-san se rappelle avoir été très surpris de voir qu’il pouvait sans problème discuter de Ken le Survivant (Hokuto no Ken) avec des Français ! Et là Lio lui parle du Club Dorothée à qui nous devons tous nos débuts en japonais...

 

Pour ce qui est des activités de promotion des Sô-odori, (vivant à Kôbe je n’ai pas tous les détails mais) Lionel parle d’une session d’essayage de geta (socques de bois) et de kimono ayant attiré un millier de personnes lors d’un événement dont je n’arrive pas à trouver le nom !

 

Lio et le Japon

 

Interrogé sur l’origine de son intérêt pour le Japon, Lio répond en ces termes : « parce que les Japonaises sont jolies ». En tant qu’observateur impartial épris de science et d’objectivité, je constate une fois encore et avec force intérêt que les relations FJ ont de nombreuses applications. Plus sérieusement (?), Lio explique que pour lui tout a commencé avec un Japonais rencontré lors d’un stage de go. Désirant pouvoir communiquer avec lui mais ne le pouvant pas, il s’est juré d’y arriver un jour en apprenant le japonais. Bravo Lio, et merci Hikaru no go (j’avoue il fut un temps où je regardais et là j’ai la zic’ dans ma tête : « kimi ga ima boku o sasaete, boku ga ima... ». A chaque fois que je regarde cette série j’ai envie de me jeter sur mon dictionnaire électronique pour bouffer des nouveaux mots jusqu’à pas d’heure !).

 

A l’écoute de cette anecdote, Nôto-san se rappelle avoir été sidéré par le fait que juste après une très émouvante séance d’au revoirs avec les Nantais, Lio et sa bande sont retournés à leur étude du japonais, tout de go... Perd pas le nord le Liolio !  

 

Autour des catastrophes du 11 mars

 

Evoquant le fait que l’an dernier, certains événements n’ont pas pu se faire à cause des catastrophes du 11 mars, Nôto-san a ensuite abordé les activités de soutien de la part des Nantais.

 

Lio mentionne à ce propos la Candle Night (autres détails ici, mon cousin Estebann a énormément travaillé pour l’organisation de cet événement) et une collecte de dons qui s’est élevée à 10 000 euros.

 

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le soutien de Nantes au Japon, je rappelle l’existence de ce blog tenu par des Japonais à Nantes.

 

Bonus : première rencontre entre des Nantais et les Sô-odori

 

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En voyage à Niigata, c’est complètement par hasard que je suis tombé sur ce spectacle des Sô-odori (avril 2010). J’ai adoré, bavardé un peu avec Nôto-san et hop, un JM et un Liolio plus tard on avait un bureau !

 

Pour vous faire entrer dans les coulisses (je sors de ce qui a été dit entre Lio et Nôto-san pendant l’interview), c’est lors de mon premier et pour l’instant unique voyage à Niigata que, par le plus grand des hasards, j’ai pu établir un contact avec M.Nôto. Le Jeune Ambassadeur JM – qui n’est plus dans le « circuit » mais qui a fait un travail formidable – a ensuite pris le relais pour transmettre l’info aux jeunes danseurs, et, les contacts une fois effectués, l’incroyable alchimie dont il est question dans cet article a eu toute latitude pour faire son œuvre. Ainsi, à partir d’un battement d’ailes – un petit échange de cartes de visite et une discussion de même pas 5mn – on s’est retrouvés quelques mois plus tard avec un bureau à Nantes ainsi qu’une tempête d’âmes franco-japonaises boostées comme pas possible pour faire avancer les échanges FJ de notre chère Cité des Ducs ... Ca donne envie de se bouger les fesses !

 

A titre personnel, je dois aussi dire que j’ai repris la tenue de ce blog grâce aux puissantes vibrations positives obtenues pendant ce séjour à Niigata aussi court que mémorable. Grâce lui en soit rendu !

 

Pour finir

 

Des jeunes aux commandes, des Japonais ultra réactifs (parce que là il s’agit de projets initiés à l’origine par des particuliers), une administration volontaire qui offre son soutien, des langues étrangères difficiles maîtrisées à haut niveau après un énorme travaille en (quasi) situation d’autodidacte ; une fois encore Nantes montre son dynamisme et donne une sacrée bonne leçon de coopération décentralisée. Le partenariat fonctionne d’ailleurs tellement en roue libre et de manière spontanée que ce terme de « coopération décentralisée » à obédience un tantinet technocrate est peut-être à proscrire, parce que largement  transcendé.

 

Je rejoins donc nos deux comparses dans leur souhait de voir se fructifier les échanges entre Nantes-Niigata et termine sur ce meigen (beau mot) de Nôto-san vers 12.38, concluant l’entretien :

 

「心の距離はゼロkmにしよう!」

kokoro no kyori ha zero km ni shiyô !

« Réduisons à zéro km la distance qui sépare nos cœurs ! »

 

Amen ! 

 

Jérémy

Par Jérémy - Publié dans : Nantes-Niigata
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Samedi 14 janvier 2012 6 14 /01 /Jan /2012 11:34

J’ai un petit peu de temps libre, je blogue...

 

L’éboueur qui courait vers moi

 

Un jour, il n’y a pas très longtemps, à Kôbe, devant chez moi.

 

Je me prépare à aller au boulot, il est bientôt 9h du matin, nous sommes un mardi ou un vendredi (je ne m’en souviens plus trop), le jour des poubelles. Jusque-là, j’avais toujours pu les sortir en même temps que je me rendais au boulot. Jamais il ne m’était arrivé de les déposer après que les éboueurs soient passés. Si cela vous arrive, comme il n’y a pas de conteneurs au Japon, vous êtes un peu dans le c..., ce doit d’ailleurs être précisément le cas pour les familles avec des enfants en bas-âge.

 

Je me préparais donc tranquillement à sortir, quand soudain j’entendis tout un concert de bruits qui n’auguraient rien de bon : avertisseurs sonores, moteur de camion, froissement de sacs plastique que l’on manipule, déchets écrasés dans un broyeur, voix d’hommes qui se lancent de viriles et incompréhensibles instructions... Aïe. Poussé par l’horrible perspective d’avoir à cohabiter plusieurs jours supplémentaires avec nos immondices, je trouve la force et le courage de me précipiter devant chez moi (je n’habite qu’au second étage – troisième pour les Japonais chez qui le rez-de-chaussée n’existe pas – et je n’ai pas bien loin jusqu’à l’endroit où il faut déposer les poubelles), mais, mes oreilles alors ultra attentives au moindre bruit, je comprends vite que le camion a déjà fait pas mal de chemin... Je crains le pire. 

 

Je dévale les escaliers, sors avec ma poubelle (encore ouverte) dans les mains et quand je suis enfin hors de chez moi, le camion est effectivement à 30 ou 40m de là où je suis, prêt à poursuivre sa route. Bien que chaussant des tongs, je tente un ultime sprint de la dernière chance pour en finir avec l’embarrassant sac plastique qui n’en finissait pas de me faire profiter de ses  fétides effluves, et, par chance, un des éboueurs courait dans ma direction afin de s’occuper d’un autre site (?). Je me dis chouette, il court vers moi, les chances pour qu’il me voie et accepte ma poubelle s’en trouveront donc augmentées.

 

Je me trompais.

 

Ce vers quoi il courait, c’était moi. Enfin moi et ma poubelle.

 

Il courait vers moi et, quand nos courses se sont rencontrées à mi-distance entre l’endroit où j’avais commencé mon sprint et l’endroit où était le camion, il m’a pris ma poubelle.

 

Quand il m’a pris ma poubelle, il m’a fait une courbette et dit : « arigatô gozaimasu ».

 

Puis, le pas vif et décidé, il est retourné vers son camion...

 

Les courses dans le frigo

 

Aujourd’hui, à l’Association Internationale du Hyôgo (HIA).

 

J’y travaillais hier, et pendant ma pause du midi, profitant de la grande surface se trouvant juste à côté de l’asso, j’avais fait quelques courses pour le soir, courses que j’avais déposées dans une petite salle à côté de l’endroit où je bosse. Manque de pot, pris dans mon élan, quand l’heure de la débauche arriva (pas celle que vous croyez hein), je n’avais pas pensé à ramener les courses que j’avais faites. Oui, je retiens bien les kanji, mais pour le reste je suis d’une oublieuseté pathologique.

 

Je rentre chez moi, je mange le repas que m’avait préparé la veille ma petite femme partie au sport, je sens poindre à l’horizon une envie de fruits, et paf, je me rappelle en avoir acheté à midi. Cool. Ce rappel effectué, fatalement, je m’aperçois (enfin...) dans le même temps avoir laissé mes courses au bureau. Moins cool. Il est 19h40, l’asso fermant à 20h mais étant ouverte le samedi, je peux au moins tenter de les prévenir par téléphone pour pouvoir récupérer mon dû le lendemain, car de toute façon je comptais y faire un tour dans le week-end afin de terminer les préparatifs d’une intervention que je dois donner lundi en université et que je n’avais pas réussi à boucler à temps (je travaille terriblement bien à HIA : c’est juste à côté de chez moi et je suis posté au comptoir d’une bibliothèque...).

 

J’appelle, je tombe sur une collègue de l’asso (je rappelle que ce n’est mon lieu de travail qu’une fois par semaine environ). je lui explique la situation. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, elle s’occupe de tout.

 

Je précise que j’avais oublié les denrées suivantes : une barquettes avec deux poires, des bananes, une boîte de cookies au chocolat entamée (maintenant en cours de digestion) et des pains au lait que j’achète souvent pour le petit-déjeuner (sûrement en phase finale de digestion...). Tout était dans la petite salle derrière le comptoir de la bibiothèque.

 

Ce matin.

 

Suivant les instructions de ma collègue données la veille par téléphone, je me rends aux réfrigérateurs collectifs de l’association. En haut d’un des frigos, un pochon blanc avec mes pains au lait et mes cookies, rassemblés dans le même sac. Sur ce dernier, un post-it vert (voir photo) avec le nom de l’oublieux chronique que je suis – et ne suis pas prêt d’arrêter d’être – et, entre parenthèses, l’indication que mes fruits se trouvaient à l’intérieur du frigo, avec une flèche pour me donner leur position exacte.

 

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Il y a même la date à laquelle le message a été écrit. Ce vendredi 13 a vraiment été un bon jour! ^^ 

 

J’ouvre donc la porte du frigo, les produits frais attendaient sagement enveloppés dans leur couverture de plastique que je vienne les récupérer, délicatement posés sur le compartiment le plus en hauteur. Et comme on Japon on ne fait pas dans la demi-mesure quand il s’agit de rendre service, la lecture de tous les kanji utilisés dans le message est indiquée par des hiraganas (et là je prouve que je suis un bon français bien centré sur sa petite personne en admettant avoir la flemme d’expliquer ce que « kanji » et « hiragana » signifie aux non-initiés).

 

Voilà des moments qui vous font kiffer le Japon.

 

Mais rassurez-vous, il y a d’autres fois où on le kiffe beaucoup moins le Japon...

 

Jérémy

 

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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Mercredi 11 janvier 2012 3 11 /01 /Jan /2012 03:26

Bonjour !

 

Je mets en ligne ici l’enregistrement en japonais d’une émission sur le Programme Jeune Ambassadeur du Hyôgo. Comme d’habitude j’accompagne cet enregistrement d’un compte rendu et de quelques commentaires en français. Et comme d’habitude j’ai encore oublié de prendre une tof pour illustrer mon propos...

 

Tous mes remerciements au personnel de FM waiwai de m’avoir invité à nouveau et surtout de me laisser utiliser les enregistrements à ma guise. FM waiwai, la meilleure radio de tout le Kansai ! Même que j’ai ma carte de membre maintenant !

 

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Ma carte de membre FM waiwai ! (comme ça j’ai une tof...)

 

Qu’est-ce que ce programme ?

 

La traduction littérale de l’intitulé japonais de ce programme manquant de précision (nihonbunkakyôshi, soit Professeur-e en culture japonaise), je préfère voler l’appellation nantaise de « Jeune Ambassadeur » (JA), plus moderne, plus sobre et surtout plus claire.

 

Pour la petite histoire, le Hyôgo (nom du département dans lequel je travaille) noue un partenariat avec la Seine-et-Marne depuis 1991. De nombreux échanges ont eu lieu jusque-là, le plus fécond d’entre eux étant probablement ce programme de JA (qui pour la joie de ces messieurs est en fait, dans l’écrasante majorité des cas, une jeune ambassadrice) accueillant tous les ans et pour plusieurs mois un ou une natif(-ve) du Hyôgo afin qu’il ou elle travaille en Seine-et-Marne. Le contenu de la mission comporte trois piliers : un travail de professeur(e) de japonais dans une école d’ingénieurs, un travail d’assistant(e) dans un organisme de développement économique (SMD) et à cela s’ajoute la possibilité d’aller une fois par semaine étudier à l’université la discipline de son choix.

 

Chaque mission est effectuée à un jour fixe (un ou deux jours comme prof, un ou deux jours comme assistant-e et le dernier jour à la fac) de sorte que pas une semaine ne passe sans faire le tour des trois missions principales. Le ou la participant(e) n’a rien à payer de sa poche au niveau du logement et reçoit tous les mois une allocation d’environ 700 euros.

 

Vous trouverez en bas de cette page les blogs en japonais de toutes les participantes depuis 2007 (l’année où ma femme est partie dans le 77 !)

 

Un sacré bon programme

 

Il ne s’agit pas d’un stage (la partie française parle souvent de « stagiaire » mais avec le logement fourni et une allocation mensuelle de 700 euros on ne peut pas vraiment dire que ce soit le cas !), ni d’un échange universitaire (il faut bosser !) mais pas non plus d’un « vrai » travail sur le long terme puisque la mission est un CDD. On est dans quelque chose d’un peu hybride, et c’est tant mieux car ce statut particulier permet à des jeunes diplômés qui ont encore tout à prouver d’expérimenter de très près le monde du travail dans leur langue de prédilection (ici le français). Le programme est exigeant sans l’être trop et a également l’avantage de susciter le plus naturellement du monde une forte motivation des participant(e)s puisqu’il s’agit d’enseigner sa langue natale et de promouvoir sa région dans le pays que l’on aime et dont on a fait l’effort d’apprendre la langue et la culture.

 

Je le dis dans l’émission, parce qu’il contient une grosse part de traduction, d’interprétariat et de communicationnel ce programme ressemble beaucoup au travail de CIR (pour ceux qui connaissent il s’agirait d’une sorte de JET local dans lequel on a fusionné le CIR et l’ALT). Ce serait formidable si les différents jumelages entre la France et le Japon généralisaient ce genre d’initiatives !

 

Un partenariat qui va dans les deux sens

 

En plus de l’envoi d’un de ses citoyens chez nous, le Hyôgo accueille tous les ans et depuis 1991 des étudiants seine-et-marnais pour effectuer un stage dans une entreprise japonaise sur une période de 3 mois. Les étudiants concernés sont justement ceux qui reçoivent l’enseignement des Jeunes Ambassadrices. En un peu plus de 20 ans d’échanges, ce ne sont pas moins de 74 personnes (stagiaires et JA) qui ont pu traverser le globe pour venir expérimenter la vie dans l’un des deux pays ! Une sacrée performance pour un programme de coopération décentralisée !

 

Je ne mentionnerai pas les autres avantages collatéraux de type mariages de JA sur place avec des autochtones (et pas de blagues obscènes avec les « cours de langue »...) ou installations au Japon de Français après le stage (cas d’un ingénieur seine-et-marnais arrivé au Japon pour le stage en entreprise en même temps que moi et toujours présent à Kôbe !).

 

Emission de radio

 

Pour revenir à l’émission de radio, comme dans le cadre de la sélection des candidat(e)s je m’occupe de la conception et de l’organisation des entretiens ainsi que des examens en français, je suis intervenu avec ma collègue Natsu-san pour présenter le programme car nous sommes en pleine période de recrutement. Natsu-san est une ancienne JA (2010-2011) et travaille actuellement à l’Association Internationale du Hyôgo. Elle est parfaitement francophone et s’occupe également du programme JA du Hyôgo.

 

En plus du programme lui-même, nous avons évidemment parlé de la Seine-et-Marne en tant que telle (pour ceux qui ne connaissent pas : Fontainebleau, sa forêt et son château ; le brie de Melun ; le magnifique village de Barbizon jumelé avec la ville d’Asago dans le Hyôgo ; Disneyland que j’ai mentionné en toute bonne grâce, etc).

 

Nous avons aussi parlé des changements en cours autour de ce programme : il pourrait passer à deux ans, comprenant une période de travail au Japon avant et après le séjour en France. La première période consisterait à mieux se former aux investissements à l’étranger ainsi qu’à l’enseignement du japonais et la seconde période, après le séjour, servirait à améliorer le suivi des actions menées sur place. Ca m’a l’air de bien tenir la route comme logique.

 

Pour terminer, cette émission de radio et l’article qui va avec m’auront permis de (tenter de) faire deux autres choses : d’une part, votre premier pas dans la connaissance du Hyôgo en résolvant l’épineux problème de la prononciation du nom de ce département (le « h » étant aspiré en japonais et le premier « ô » étant un « o » long, pour les locuteurs francophones il faut dire tout simplement le « yogo », ou, pour ceux qui n’aiment pas les hiatus, « l’iogo ») ; et d’autre part, tout cela me donne la possibilité d’essayer de réaliser de l’autre côté du miroir ce que j’essaie de faire au Japon : pousser les gens à s’approprier les jumelages. Car comme je le dis souvent sur ce blog, le Hyôgo garde une longueur de retard sur Nantes au niveau de l’implication citoyenne : pour vous donner un exemple il n’existe pour l’instant ni en Seine-et-Marne ni dans le Hyôgo d’associations essayant de chapeauter le jumelage, ce qui est très dommage vu sa qualité et son fort potentiel.

 

A bons entendeurs !!

 

Jérémy

PS :

Et comme la vie est relativement bien faite, les JA pratiquement toutes du sexe féminin enseignent à des apprenants en japonais majoritairement du sexe opposé et d’ailleurs souvent très attirés par les manga... Avec une répartition des sexes aussi harmonieuse, pourquoi ce « relativement » me direz-vous ? Parce qu’en général les JA se contrefoutent des mangas et ont toutes les peines du monde à répondre aux questions parfois très pointues de leurs élèves otakuïsants (sujet abordé dans l’émission)...

 

PS2 :

Je traduirai pas la toute fin de l’interview ! ^^

 

PS3 :

Avec un bon jeu de bagnoles et sur un écran HD, je dis pas non...

Par Jérémy - Publié dans : Hyôgô - Kôbe
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 14:09

Bonjour !

 

Ca commence à faire un petit moment que je suis ce personnage...

 

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Le journaliste en question...

 

Ma vie au Japon, les deux ou trois personnes qui ont l’indulgence de lire ce qu’il y a sur ce blog l’auront compris, c’est le contraire d’une recherche d’horizons exotiques pour fuir la morosité du connu : en m’exilant très loin, finalement je m’intéresse beaucoup plus à ce que nous avons en commun, à retrouver ce qui fait que nous sommes les mêmes, plutôt qu’à m’extasier devant ce qui nous différencie (mais attention, il ne s’agit pas pour moi de relativiser bêtement les différences au nom d’une « unité humaine » bisounoursante, je reste rigoureusement attaché à l’analyse et la compréhension de ce qui nous sépare).

 

Or ce qui m’aide dans ce travail, c’est la langue, cette langue qui entre autres choses me sert à regarder les médias. Je les regarde, les comprends de mieux en mieux, et parfois, souvent maintenant, vibre avec eux. Au début, étant ignare en matière de pratiques télévisuelles nipponnes, je n’étais pas très regardant sur les émissions que je voyais. En gros, à partir du moment où c’était en japonais, variétés débiles ou journal de la NHK, je prenais tout. Avec le temps et en me familiarisant avec le PAJ (le PAF en japonais !), sélection naturelle oblige, j’ai commencé à faire le tri. Globalement, cela signifie qu’une très grosse partie de tout ce qui est chijôha, mimpô terebi (chaînes publiques) est passé à la poubelle, sans autre forme de procès (la NHK constitue une catégorie à part entière). Les émissions de variétés japonaises – soit dit en passant elles ne sont pas forcément aussi débiles que notre télé débile à nous qui ne vaut guère mieux – pour vous donner une image, c’est comme essayer de remplir un verre percé : un débit passe, rien ne reste et à la fin tout est aussi vide qu’au début, avec toutefois cette sensation désagréable de s’être fait envahi et violemment secoué dans tout son espace intérieur. On pourrait sans (trop) exagérer parler de viol psychique.

 

Mais pour filer la métaphore (pas celle du viol hein), il y a des émissions qui remplissent nos verres, c’est celles-là que j’ai appris à repérer. Je sais que c’est éminemment subjectif (quoique...), mais il y a à ce propos une chaîne que j’aime particulièrement : Asahi Newstar. Il y a d’autres bons programmes sur la télé japonaise publique et privée : 100ppun de meicho (je suis archi fan, c’est entre autres grâce à cette émission que j’ai appris à mieux connaître FUKUZAWA Yukichi, le spécialiste en études bouddhiques SASAKI Shizuka ou encore le philosophe français Alain (!) que ma femme lit maintenant !), purofesshonaru shigoto no ryûgi (surtout à l’époque où le neurologue MOGI Kenichirô était présentateur), Global Vision (sur History Channel, chaîne câblée, ma femme et moi adorons)... Mais dans cet article, afin de ne pas m’éparpiller, je resterai sur un (ex-)présentateur de l’émission la plus populaire d’Asahi Newstar : UESUGI Takashi de nyûsu no shinsô (litt. « les couches profondes de l’information », avec probablement un jeu de kanji sur le mot shinsô qui écrit avec d’autres caractères signifie aussi la vérité, les faits), sorte de C dans l’air à la japonaise, avec en général seulement un(e) invité(e) et un(e) présentateur(-trice) différent(e) par jour de la semaine.

 

Eléments biographiques

 

Uesugi-san est né en 1968 à Fukuoka, mais a vécu essentiellement à Tôkyô (Shinjuku). Rien de bien extraordinaire à signaler au sujet de ses origines sociales (modestes, fils d’un salary man) ou son parcours scolaire (diplômé de la fac, département de littérature anglaise, basta). Enfin si, ici (21:40 à 24:30) il affirme que son père était strict et imposait à ses enfants une règle hallucinante : à 15 ans, vous quittez tous le foyer et gagnez votre vie par vous-mêmes (lui, l’aîné, son frère et sa sœur). Par conséquent, Uesugi-san est un type pour qui vivre littéralement au jour le jour est tout ce qu’il y a de plus normal. Je ne veux pas faire de psychologie à deux balles, mais si c’est vraiment le cas, s’il ne bluffe pas sur cette histoire de règle familiale, je pense que cet événement doit peser lourd dans son rapport au monde ainsi que la constitution de sa personnalité. On pourra aussi être surpris par l’incroyable détachement avec lequel il narre cet épisode de sa vie...

 

En primaire, il disait vouloir devenir joueur de base-ball, et conscient du caractère cliché de ce souhait, histoire de montrer qu’il pouvait avoir des aspirations plus sérieuses, il disait aussi vouloir être journaliste, mais sans vraiment savoir ce que ce mot signifiait (influencé par une émission de télé japonaise dans laquelle un journaliste voyageait partout dans le monde, il pensait qu’être journaliste c’était cela ; voyager partout !).

 

Il a travaillé à la NHK, mais sur sa page wikipedia japonaise (pas très recommandable apparemment...), il est dit que la chaîne en question le percevait comme un employé de peu d’intérêt. Il quitte ce poste assez rapidement.

 

A 26 ans, il a travaillé comme assistant d’un poids lourd de la politique, HATOYAMA Kunio, un des membres de la très puissante famille des Hatoyama (un autre Hatoyama, HATOYAMA Yukio a été le premier Premier Ministre du Japon lors du seikenkôtai, le passage en septembre 2009 du parti libéral démocrate au parti démocrate, appelés respectivement jimintô et minshutô, le jimintô ayant dominé le Japon quasi non stop depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale). Ce poste, il l’a occupé pendant 5 ans et je suppose qu’il n’a pas perdu son temps car quand il parle de politique, on sent qu’il connaît son sujet... Ce passage dans le monde des politiques a dû aussi avoir ses avantages en matière de réseautage (les infos il faut bien les trouver quelque part).

 

Autre élément important, après le poste d’assistant, il a travaillé comme journaliste au New York Times, à l’étranger. Il fait énormément référence à cette expérience quand il critique les (nombreuses) incohérences du journalisme japonais. Pour Uesugi-san le journalisme japonais est complètement en décalage avec ce qui se fait ailleurs dans le monde.

 

Elément pas important (?), il adore le golf ; sur sa présentation Twitter (je traduis en français) il est écrit « Voilà ce que je vise : le golf comme spécialité, la politique de temps en temps ». Moi le golf je ne m’y intéresse pas du tout...

 

Actualité de Uesugi-san

 

Jusqu’à maintenant, Uesugi-san était journaliste freelance. En plus de nyûsu no shinsô, il intervenait à la radio, dans des magazines, etc. Etant un critique acerbe des médias traditionnels (kizon media, litt. « médias existants » ou ôte media) et étant également rejeté par ces mêmes médias par ses prises de position, surtout celles après le 3.11, maintenant il intervient essentiellement dans les médias non traditionnels : Twitter (son ordinateur portable qu’il a toujours sur lui et avec lequel il consulte les tsubuyaki (tweets) en live - avec ses lunettes qu’il a récemment changées - est/sont sa trademark), les émissions sur Internet (nikoniko dôga, ustream et consorts, largement dépréciés et ignorés par les médias traditionnels) ou quelques autres médias dans lesquels le vent de la liberté d’expression souffle avec un peu plus de force, c‘est-à-dire sans sponsors pour dire quoi dire, avec possibilité de mentionner directement et par leurs noms d’autres émissions/personnages, sans ce jeu constant sur le pathos et les bas-instincts pour booster l’audimat, à l’abri des kisha club, les « clubs de journalistes » (ici un article du Monde les critiquant vivement), etc.

 

Pour ma part, juste pour donner de petites illustrations, c’est par exemple grâce à lui que, sans avoir de certitudes absolues bien sûr, j’ai radicalement changé de point de vue sur OZAWA Ichirô (diabolisé dans les médias traditionnels), HORIE Takafumi (idem) ou encore sur l’affaire du Ministre HACHIRO ayant démissionné pour avoir parlé de « shi no machi » (« ville de ma mort ») concernant Fukushima et, lors d’une visite de la centrale qui y a explosé, il aurait soit disant dit à un journaliste pour plaisanter « je vais te filer de la radioactivité !».

 

Petite digression, j’ai trouvé fascinant de constater que même dans les journaux français, les pseudo scandales autour du Ministre Hachiro ont été présentés sur la même tonalité que les médias traditionnels japonais. Exemples : cet article du Figaro ou un autre article du Monde ici. Dans cette émission de nyûsu no shinsô, le Ministre en question s’explique et les deux accusations sont présentées comme totalement fausses. Les arguments mis en avant sont les suivants pour la première accusation (le « shi no machi ») : des expressions d’une nature similaire (comme « ghost town ») prononcées en public et par des hommes politiques ont été employées sans particulièrement déclencher un tollé, beaucoup de personnes à Fukushima et hors Fukushima ont fait part de leur approbation par rapport à cette formulation et dans les médias traditionnels il n’a aucunement été fait mention de ces voix soutenant ce Ministre qui, comme par hasard, élevait la sienne plus que les autres politiques au sujet du nucléaire... Pour la seconde accusation, le fameux « hôshanô tukecchau zo ! », c’est bien simple, aucune preuve sonore n’a été fournie.

 

J’arrête ma digression.

 

S'apprêtant à quitter sa fonction de journaliste, il précisait il y a peu qu’à partir de maintenant il se consacrera davantage à l’organisme dont il est à la tête, la jiyû hôdô kyôkai (Free Press Association of Japan), avec des journalistes étrangers à l’intérieur, aucun filtrage à l’entrée (les clubs de journalistes japonais, au Japon comme à l’international, refusent l’accès aux conférences de presse aux journalistes étrangers et aux freelance !) et, excusez-moi du peu, cette FPAJ a à son actif une conférence de presse récente avec le Dalai-Lama ainsi que bien d'autres personnalités de tous bords (conférence de Sa Sainteté visible ici). Au passage c’est toujours agréable et très rassurant de voir, par hasard, se rejoindre des personnes pour qui on a beaucoup de respect...

 

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Le Président et le Vice-président de la FPAJ. Ce numéro 2 est Italien et s’appelle Pio d’Emilia (correspondant pour la presse italienne). Il intervient en japonais dans la vidéo que je présente en toute fin d’article.

 

Je n’ai pas trop de détails mais je sais que dans le cadre de sa recherche de nouvelles approches pour continuer son travail d’information, ces derniers temps il intervient plus souvent à l’étranger, dans des médias allemands en particulier.

 

Il va quitter la fonction de journaliste en protestation contre les kisha club et la gestion calamiteuse de la crise du 3.11 par le gouvernement japonais et les mass médias (les reproches qu’il leur fait son très lourds, il parle par exemple de « crime d’état »).

 

Son dernier coup : un « Uesugileaks », plus de 400 000 pages de ofureko nôtsu, notes de conférences de presse jamais diffusées au public (tout est filtré par les kisha club) dans lequelles apparaissent au grand jour des pratiques et des propos scandaleux. Plusieurs exemples ont déjà été donnés dans des éditions récentes du shûkanbunshû et du shûkan posuto, articles que j’ai lus avec attention, et si ce qu’il y est dit est vrai, bah mes chers enfants c’est pas joli-joli...

 

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 Deux magazines dans lesquels Uesugi-san s’échauffe pour son Uesugileaks...

 

Pourquoi parler de Uesugi-san ?

 

Déjà, parce qu’il apporte un autre son de cloche. Asahi Newstar, c’est quand même une chaîne dans laquelle on critique ouvertement les AKB 48 (fofo), nyûsu no shinsô c’est une VRAIE émission de débat avec, le lundi, une présentatrice coréenne qui casse régulièrement le Japon en deux quand elle le juge nécessaire et Uesugi-san c’est... quelqu’un qui a des couilles, les couilles d’être ce qu’il ne faut jamais être au Japon : le clou qui dépasse (d’ailleurs remarquez la quasi homophonie entre Uesugi et desugi lol). Parce que vu ce qu’il dit, de la pression autour de lui il doit en avoir un paquet... Peut-être que Uesugi-san est en passe de ne plus pouvoir se faire enfoncer, à ce sujet il explique souvent que le 3.11 a été l’occasion de mettre le doigt sur ce qui ne va pas au Japon, ainsi, comme pour le Printemps Arabe ou même dans une relative mesure comme en Chine où le PCC a de plus en plus de mal à contenir la colère du peuple, certaines pratiques vont commencer à vraiment être difficiles à mettre en place pour manipuler la population.

 

Tout cela me fait venir à mon second point : les médias qui s’opposent aux médias traditionnels (Twitter, chaînes sur Internet, Asahi Newstar, médias locaux, petites radios...) sont peut-être une véritable possibilité de contre-pouvoir et de réveil politique dans un Japon à bien des niveaux sclérosé, où, comme l’a montré l’hystérie médiatique complètement injustifiée autour de l’affaire Ebizô il y a quelque temps, le moins que l’on puisse dire est qu’on aime le Kabuki...

 

J’ai aussi l’impression que trop souvent le discours en Occident sur le Japon tend à rapidement tourner au « nippodéclinisme » (on travaille trop, on fait pas d’enfant, on réfléchit pas...), avec en latence cette peur plus ou moins consciente d’une modernité qui ne soit pas comme la nôtre. Même au Japon, il y a des personnes et des médias qui se battent pour plus de justice sociale et moins d’obscurantisme. Par conséquent, entre les articles sur les robots dernier cri, les reportages sur les jardins de pierre et les sites sur les manga, il ne me semble pas superflu d’aborder ces sujets.

 

Le personnage est lui-même très intéressant. Physiquement, il a l’air assez sérieux avec ses lunettes et ses petits yeux de fouine, mais quand on y regarde de plus près on lui trouve un côté juvénile, candide avec sa barbichette et son ordi qu’il ne quitte jamais. Sa voix me fait penser à Arthur... Il peut être très drôle, voire franchement comique (à la fin de cette émission de radio, il fait ses au revoirs au journalisme en imitant la voix de Mickey...). J’apprécie aussi beaucoup son sens de l’ironie. Dans une excellente émission de nyûsu no shinsô en compagnie d’un spécialiste de la Corée du Nord (Pak To-Jin, j’envisage d’ailleurs de traduire dans les jours qui viennent un article de ce personnage sur les écoles coréennes au Japon), il ouvre la discussion sur le décès de Kim Jong-Il en disant que tous les golfeurs ont gagné une place au classement mondial (détails) !

 

Il est d’un naturel calme, mais est très bien pourvu en combativité. A une reprise il s’est montré d’une incroyable agressivité ; dans cette vidéo par exemple (on dirait un yakuza) où il pète un câble contre un journaliste du Yomiuri Shimbun (un journaliste des kisha club) qui lui a pourri une conférence de presse de la sus-citée Free Press Association of Japan, avec OZAWA Ichirô en invité.

 

Enfin, il ne donne pratiquement pas de détails sur sa vie privée. Vu à quel point il est prolifique je suppose qu’il ne doit pas en avoir beaucoup. Ou alors il se protège? Etant donné la pugnacité avec laquelle il s’acharne sur des sujets tabous ou complètement laissés de côté, ce ne serait pas étonnant. Dès qu’on lui pose des questions personnelles, lui qui sait si bien confondre les autres a l’art de se transformer en savonnette... Ses prévisions pour sa vie affective (ici vers 5:10, répondant à la question « Vous comptez vous marier ? ») : « Faudrait déjà que je fasse quelque chose pour mon dépucelage ! ».

 

Simple agitateur opportuniste et plein d’ambition ou journaliste courageux et efficace, je ne sais pas si j’ai raison de m’intéresser à son travail, mais ce qui est sûr est que j’ai beaucoup appris et continue à apprendre en l’observant. La plupart des personnes ayant des frontières communes avec la planète Uesugi sont également très éclairantes.

 

Je tâcherai de revenir sur d’autres personnages ou émissions qui m’ont marqué (en attendant, une émission d’Asahi Newstar ici, avec un des correspondants au Japon du Monde, P. Mesmer).

 

Bye for now.

 

Jérémy

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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Dimanche 25 décembre 2011 7 25 /12 /Déc /2011 16:15

Suis-je tatamisé ?

 

Cette question, on me l’a posée lors d’un entretien d’embauche il y a peu près un an.

 

J’avoue avoir été un peu choqué, frustré quand on me l’a posée, car si effectivement j’étais tatamisé, si finalement pendant toutes ces années je n’avais fait qu’employer mon temps et mon énergie à deux projets fous – idéaliser le Japon et tuer ce que j’ai de français en moi – je serais le dernier des idiots.

 

Evidemment, il n’y aurait pas eu de pire manière de répondre que de me contenter d’exprimer mon mécontentement face à cette question presque humiliante (d’autant plus agressive qu’on me l’avait posée en tout début d’entretien). Un défi m’était lancé, il fallait le relever. Car un entretien d’embauche c’est aussi cela, rendre des comptes sur soi, sur sa vie et les choix que l’on a faits, chose qui ne me déplaît pas forcément vu que dans tout ce que je fais d’à peu près important je suis autodidacte, donc condamné à être seul et unique juge de mes actes.

 

Etre tatamisé, surtout dans mon cas, c’est clairement une insulte. Comme je le disais plus haut, cela signifie deux choses : 1) s’efforcer totalement d’être japonais, 2) projet qui ne peut se réaliser sans tuer ce qui empêche d’être japonais, l’identité-obstacle dont il faut se débarrasser : sa francéité.

 

Pour moi, s’essayer à être japonais n’est pas une erreur. Par contre essayer totalement d’être japonais en est une, et une très grosse. Pourquoi ? Je pense que cela doit être mis en relation avec l’erreur fondamentale qui existe en filigrane dans ce concept de « tatamisation ».

 

Cette erreur peut s’exprimer simplement en ces termes : l’identité n’est pas rigide. L’identité est fluctuante par nature, elle n’est pas un bloc monolithique qui une fois formé ne peut plus accepter la moindre modification. L’identité n’est pas essentialisable, ou si elle l’est, elle n’a pour essence que celle de ne pas en avoir, celle d’être constamment en train de se renouveler, d’envisager de nouveaux possibles.

 

Ainsi, cette grille de lecture selon laquelle il faut tuer ce que l’on était avant pour devenir quelque chose de différent (il faut tuer ce que l’on a de français pour devenir japonais) est ontologiquement fausse, politiquement dangereuse. En d’autres termes, il n’y a tatamisation que pour celui qui croit en une identité immuable, une identité qui n’accepte pas les « s », une identité pour qui le meurtre, l’altericide est la seule modalité de la cohabitation avec ce qui n’est pas soi.

 

C’est en gros ce que j’ai répondu à mon examinateur (-trice). Quand il ou elle m’a posé sa question, un article sur Richard COLLASSE, auteur de La Trace (livre que je n’ai ni lu ni particulièrement envie de lire), m’est venu à l’esprit.

 

Dans son bureau, Collasse voit souvent défiler ce genre de personnage parfois brillants mais dépensant toute leur énergie à arracher leurs propres racines, se débattant pour se greffer un coeur japonais : « Dans notre jargon, on les appelle les tatamisés. Généralement, ils ne nous sont d'aucune utilité. Privés de leur culture occidentale, ils ne sont pas pour autant devenus Japonais. »

 

Cet article dans la tête, si ma mémoire est bonne j’ai répondu à mon examinateur (-trice) que lorsque l’on est expatrié dans un pays, il y avait en effet deux extrêmes : d’un côté celui qui a une attitude de colonisateur et qui va s’enfermer dans une posture arrogante et d’un autre côté celui qui va s’efforcer de devenir plus locaux que les locaux. Or moi, je fais de mon mieux pour ne surtout pas tomber dans un de ces extrêmes, je vise la voie du milieu.

 

Je ne sais pas trop quel effet a produit cette réponse (enfin si : je n’ai pas été pris !), mais quoiqu’il en soit, même si une année a passé, cet événement continue à me travailler. Mon examinateur (-trice) ne l’a peut-être pas fait exprès, mais la question qu’il ou elle m’a posée est absolument fondamentale.

 

Dans l’idée de « tatamisation », il y a donc une conception de l’humanité que je n’aime pas du tout, une conception qui a offert à cette même humanité ce que l’Occident a de moins glorieux : la colonisation par violence physique puis par assimilation en est un exemple.

 

Après bientôt 5 ans au Japon, ce qui numériquement n’est pas si long par rapport à d'autres, je pense être indubitablement devenu plus riche, plus complet et plus complexe. La pratique de deux langues, deux manières de concevoir le monde et les rapports entre êtres humains, c’est une sorte de schizophrénie heureuse : deux personnes dans la même tête vivant en paix l’une avec l’autre. Quand l’une prend le dessus, ce n’est pas dans le but de dominer et anéantir tout ce qui compose l’autre, mais c’est au contraire pour que le moment présent soit vécu avec le maximum d’adaptabilité. Le pouvoir n’est pas à se disputer mais à partager : quand je mange avec ma belle-famille je ne me comporte pas à la japonaise parce que ma francéité m’embarrasse, je le fais simplement parce que c’est la manière la plus efficace, la plus agréable et la moins coûteuse en énergie de tirer le meilleur de la situation dans laquelle je me trouve. Et pendant ce temps, ce que j’ai de français reste en moi, enraciné dans ce que j’ai de plus profond, immédiatement disponible si, en cours de repas, je reçois par exemple un appel de ma mère avec qui je communique en changeant de casquette. Ce n’est pas plus compliqué que ça. On passe de l’un à l’autre en fonction des circonstances et de ce que l’on connaît des deux, or dans mon cas il se trouve que ma connaissance des deux s’étale sur un spectre (anormalement ?) long du côté du pôle japonais.

 

Et, juste pour le plaisir d’étendre ce raisonnement, je ne suis pas que français et adaptable à ce contexte très particulier qu’est le Japon, je suis aussi un être humain, un garçon, un presque trentenaire, un mari pour ma femme, un fils pour mon père et ma mère, un père pour mes futurs enfants, un frère pour mon frère et ma soeur, un sempai pour mes kôhai, un kôhai pour mes sempai, un ami pour mes amis, un Occidental, un Nantais, etc. Nous sommes toujours plein de choses relatives à plein d’autres. Permettez-moi donc d’insister : l’identité n’est pas un bloc monolithique, elle est fluctuante. Quand on a compris cela, on peut laisser les tatamis tranquilles.

 

Comment ne pas tomber dans le piège de la tatamisation ? Je le mentionnais plus haut, il y a d’abord ce travail à effectuer en amont : comprendre la nature « spongieuse » de l’identité, s’approprier ce que le regretté Edouard GLISSANT appelait magnifiquement « l’identité-rhizome ». Ce travail effectué, deux autres éléments me semblent importants : la maîtrise de la langue et la pratique du quotidien. Je reviendrai sur ces deux points.

 

Il convient aussi d’insister sur le fait que l’expatriation sur le long terme, surtout quand celle-ci s’accompagne d’une forte implication dans la langue et la culture de l’autre, a évidemment d’importantes conséquences sur le développement de sa personnalité. Il serait complètement absurde de le nier. Ce qui est absurde par contre, c’est d’adopter systématiquement une attitude de doute et de suspicion face à celui qui a changé au contact d‘autrui. Il faut absolument faire une distinction claire entre les changements intervenus par « tatamisation » et ceux intervenus spontanément, comme simple résultat d’un mélange.

 

Si par exemple on qualifie de « tatamisés » les comportements japonais qui se sont greffés à mon être profond, on ne me reproche pas d’être trop japonais ou de manquer à mon obligation de francéité ; on me reproche d’être ce que je suis (devenu), et cela est injuste. L’autre n’est critiquable que dans ses fards, jamais dans sa nudité. Cela revient à reprocher à l’herbe d’être verte ou aux poissons de respirer avec leurs branchies.

 

Je suis loin d'avoir fait le tour du sujet, mais pour cette fois je terminerai sur cette belle image de la greffe. Elle me semble être la métaphore la plus appropriée pour qualifier ce que le japonais est pour moi : une minuscule branche que j’ai collée à l’arbre de mon être, une branche d’une autre espèce, une branche qui n’avait rien à faire ici. Ce n’est qu’avec le temps, et, surtout, que parce qu’il n’y avait pas d’incompatibilités fondamentales, que parce que la nature n’était en rien empêchée de faire son oeuvre, que la petite branche a pris dans le tout, qu’elle en a consommé la sève pour sa propre croissance, qu’à son tour elle aussi est devenu plus grande, puis très grande, puis nourricière et productrice de fruits, jusqu’à devenir une grosse branche, un tronc de mon être désormais transformé. Grâce à ce corps externe qui s’est noué et branché à moi, mon « Je » s’est enrichi en interne d’un « Nous ». Le processus n’est ni violent ni anti-naturel.

 

Greffons-nous plein de choses. Greffons-nous plein de suppléments de vie !

 

Jérémy

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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Mardi 20 décembre 2011 2 20 /12 /Déc /2011 14:35

Osu !

 

Lundi 12 décembre, avec mon collègue CIR anglais Ben, je suis allé à nouveau faire un tour à FM waiwai, la radio kobéïenne très tournée sur l’international et qui a vu le jour afin d’aider la population étrangère après le grand tremblement de terre de Hanshin-Awaji en 1995. A vrai dire je suis en train de préparer un article sur cette radio pour une newsletter que nous envoyons tous les mois à nos Ambassadeurs de Bonne Volonté (les étrangers qui ont séjourné dans le Hyôgo pour y travailler, étudier, faire un stage, etc) et plus j’en apprends sur leurs activités, plus je m’intéresse à ce qu’ils font... Les trois personnes qui lisent ce blog (merci maman !) rentendront sûrement parler de FM waiwai !

 

C’est mon troisième passage sur cette petite radio (dernier passage). Comme pour les deux autres passages, étant donné que toute l’émission est en japonais, dans les lignes qui suivent je résumerai avec la concision qui me caractérise les sujets que nous avons abordés.

 

Je rappelle que l’émission se déroule comme suit : deux parties de blablatage libre d’une dizaine de minutes, une coupure musicale entre les deux avec de la zic que nous avons apportée et un mot de la fin... à la fin.

 

Par ici pour un enregistrement de ce 3ème passage.

 

photo-copie-5.JPG

Comme vous pouvez le voir, lors de l’émission nous étions accompagnés d’étudiants de l’Université de Ritsumei à Kyôto. Spécialisés dans l’étude des médias, ils étaient venus passer la journée à observer les bureaux de FM waiwai.

 

Mon collègue Ben

 

Dans la première partie de l’émission, il a principalement été question de mon collègue Ben, qui faisait pour la première fois une émission en direct et en japonais. Moi maintenant ça me fait plus peur, je fais même des jeux de mots pourris en live (pour ceux qui comprennent : 関西ベン」、勤「勉」なベン ...).

 

Ben est CIR comme moi, mais lui venant de la zone anglophone, nous ne faisons pas tout à fait le même travail. Premièrement, étant donné qu’au service des relations internationales du Conseil Général du Hyôgo (là où je travaille) il y a déjà deux employées japonaises uniquement spécialisées dans la traduction et l’interprétariat en anglais, son travail consiste en grande partie à faire ce que l’on appelle des « native checks » ; c’est-à-dire des relectures/corrections par un locuteur natif de textes anglais écrits par des japonais. Je précise aussi que là où je bosse, l’anglais est avec le chinois la seule langue pour laquelle il existe des employés japonais spécialisés (deux personnes pour l’anglais et une pour le chinois). Vu l’époque c’est assez logique.

 

Ensuite, comme les quelque 4500 participants au JET sont composés pour l’écrasante majorité d’ALT (professeurs assistants en anglais) travaillant dans le secondaire, une autre grosse partie du travail de Ben est de soutenir ces ALT qui en général arrivent au Japon en ne connaissant pratiquement rien de la langue et de la culture nipponnes. Ils sont d’ailleurs très nombreux dans le Hyôgo, autour de 200 !

 

Dans l’émission il a également été question de ce qui nous a amené à faire du japonais, et c’est sans surprise que nous avons répondu que tout a commencé avec les anime-manga. Ce sujet les a beaucoup intéressés puisqu’une grosse partie des discussions qui ont suivi ont tourné sur ce thème des anime-manga.

 

Zic

 

 Pour la zic, Ben a proposé les Yoshida Brothers, deux joueurs de shamisen proposant dans leur musique une version totalement modernisée de cet instrument. En cherchant d’autres vidéos je suis tombé sur celle ci-dessous, effectivement ça déchire grave, j’ai le clip en boucle depuis tout à l’heure.

 

 

 

Seconde partie

 

 Comme nous sommes des japonisants sérieux et des adultes responsables, nous ne nous sommes pas contentés de dire que nous aimions le Japon parce que nous aimions les manga. Ca ferait un peu just pour des CIR payés aux frais du contribuable japonais.

 

 En parlant de Dragon Ball, ma religion et mon premier « contact » avec le Japon et sa culture, nous avons parlé des noms des personnages dans les versions occidentales et j’ai précisé que la VF de Dragon Ball avait tendance à franciser les noms (ex : Petit-Coeur), contrairement à la version anglaise qui elle gardait beaucoup plus facilement les noms des personnages tels quels en japonais, y compris sous leur forme abrégée (ex : « Goku », jamais entendu dans la VF).

 

 Petite précision, il y a maintenant 8 ans de cela, j’ai passé quelques mois au Pays de Galles à travailler dans un hôtel-restaurant. A l’occasion j’ai pu regarder pas mal de dessins animés en anglais (j’ai particulièrement aimé Samurai Jack et dans une optique beaucoup moins sérieuse mais utile pour bosser son anglais Clifford the Big Red Dog), donc quand je fais des comparaisons je sais à peu près de quoi je parle. Soit dit en passant mon collègue Ben est natif du Pays de Galles et souhaite même apprendre le gallois, langue celtique comme le breton. Je l’aime bien donc !

 

 Je disais donc, le français tend à franciser, l’anglais tend à absorber tel quel, cette tendance se retrouve d’ailleurs dans le fait que la langue de Shakespeare, par son ancienne influence coloniale, sa forte diffusion et son absence d’organismes normatifs accepte beaucoup plus facilement les emprunts de mots étrangers que la langue de Molière, qui elle est au contraire largement plus contrôlée, (Académie Française) voire instrumentalisée. Et ouais, on a parlé de ce genre de choses en japonais ! L’honneur est sauf, on a justifié nos salaires.

 

 En fin d’émission, pour rester dans cet esprit de discussions intelligentes(?) sur les anime-manga, j’ai parlé d’un bouquin que j’ai lu récemment et que j’ai trouvé fort instructif, au point de vouloir écrire un petit article dessus dans les semaines qui viennent... Ce livre parle de One Piece et a été écrit par une sociologue japonaise. Il y est question de ce que ce manga au succès inégalé raconte à propos de la société japonaise contemporaine et, surtout, il donne également beaucoup de conseils pour mettre en pratique les leçons de vie que l’on peut tirer de ce manga. L’auteure fait même des comparaisons assez intéressantes avec Dragon Ball et le contexte dans lequel la série a fait le carton que tout le monde connaît. Bref, il y a pas mal de choses à dire là-dessus...

 

photo-copie-4.JPG 

 

Mot de la fin

 

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Le Gouverneur du Hyôgo (rang de gauche, 4ème en partant du personnage au premier plan), les 6 CIR du Hyôgo, nos supérieurs et une stagiaire venue du Brésil.

 

Pour le mot de la fin, nous avons brièvement mentionné la rencontre que nous avons faite avec le Gouverneur du Hyôgo ce mois-ci (tof ci-dessus). Elle a été fructeuse et nous avons pu aborder plein de sujets, dont celui d’une éventuelle visite dans les terres sinistrées du Tôhoku. En fait c’est le Gouverneur lui-même qui tenait à ce qui nous y allions, voyions de nos propres yeux l’ampleur des dégâts et il souhaitait également que nous fassions du volontariat.

 

Je souscris à 200% à cette proposition. J’y pensais justement beaucoup depuis le séminaire annuel de tous les CIR du pays que s’est tenu début novembre à Tôkyô, en particulier suite à une intervention d’un personnage extrêmement intéressant, TAMURA Tarô.

 

Voilà voilà.

 

Jérémy

 

 

 

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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Vendredi 9 décembre 2011 5 09 /12 /Déc /2011 04:29

M.MIZUBAYASHI est un universitaire que le grand public français n’aurait probablement jamais connu s’il n’avait pas récemment publié son excellent ouvrage « Une langue venue d’ailleurs », livre dans lequel il aborde, sous une forme assez libre pleine de références autobiographiques et de réflexions diverses, le sujet de sa relation fusionnelle, épidermique avec le français. Je pense que la plupart des personnes ayant lu ce bouquin auront été surprises par l’étonnante cohérence d’une démarche – sa démarche – profondément singulière, presque incongrue (qu’est-ce le panurgisme estudiantin du Japon des années 60 et Mozart ont à voir avec l’apprentissage de notre langue?).

 

Pour ma part, j’ai eu la chance de lire son livre un peu différemment. Son endroit japonais devenant un envers pour moi (et vice-versa mon endroit français devenant son envers à lui), j’ai lu ce livre un peu comme on regarde le reflet d’une chose dans un miroir : la même chose, mais dans l’autre sens.

 

Ces mots réinstitués de toute leur force d’expression et mis religieusement les uns à la suite des autres pour mettre en texte notre discours intérieur ; ce retour à l’expérience première du monde en réapprenant un par un les mots pour le dire ; ces fautes de langue qui nous plongent dans le désarroi le plus total tant pour nous il s’agit d’un enjeu de poids ; cette source intarissable de joie qu’est l’apprentissage solitaire de la langue aimée ; l’addiction au plaisir de pouvoir exister dans la langue de l’autre ; tout cela, certes à des degrés moindres que chez M.Mizubayashi, j’en retrouve un équivalent chez moi, de sorte qu’en cours de lecture j’avais l’impression d’en apprendre plus sur moi-même que sur l’auteur parlant de lui et de son expérience. Un livre-microscope rendant visible ce qui échappe souvent à mon regard et ma conscience, un livre fertile lu avec le même point de vue que l’auteur, un livre que l’on souhaite immédiatement partager avec ses « semblables » (pas vrai Taka? ^^ ), un livre que ma petite sœur a été formidablement bien inspirée de m’offrir pour mon mariage !

 

Et pourtant, étrangement, si ce que je retiens de cette lecture est dans l’ensemble extrêmement positif, me faisant un peu l’avocat du diable, c’est paradoxalement à partir d’un angle d’attaque beaucoup plus critique que j’avais envie de poursuivre ma réflexion. En effet, je ne sais pas pourquoi, par moments, cet amour pour le français de M.Mizubayashi, pourtant si proche de mon amour pour le japonais, m’est apparu comme trop passionné, trop idéalisant, trop ardent. J’avais comme une envie de prendre mes distances, de ne pas me laisser consumer par quelque chose de finalement trop sélectif et potentiellement sujet à de grossières erreurs de jugement ou d’abusives généralisations : je ne peux en effet m’empêcher d’avoir par exemple des doutes sur ce tableau que M.Mizubayashi, sans nuance ni esprit critique (choses dont il n’arrête pourtant pas de faire l’éloge), fait de sa langue et des siens quand il était jeune, à savoir une langue japonaise présentée comme vidée de sa substance ainsi que des Japonais tous grégaires (voir liens plus bas). Même s’il y avait du vrai dans ces affirmations (et il doit y en avoir...), ces perceptions ne sont-elles pas que partielles et subjectives ?

 

Ainsi la conclusion personnelle que je tire de ce livre est la suivante : la langue aimée peut constituer une fin en soi quand, au-delà de considérations pratiques, elle répond à un réel besoin existentiel d’affirmation de soi (on pourrait appeler cela la « fonction philosophique » de la langue étrangère). Autour de moi je connais en effet beaucoup de personnes chez qui la langue étrangère n’est qu’un moyen, approche qui n’a rien de malsain mais que je n’ai jamais réussi à partager sans pour autant bien réussir à expliciter ma position. En plus d’une aide précieuse, la langue étrangère peut être un plaisir immense, j’irais même jusqu’à y voir une possible « passion raisonnable ». Mais cela dit, je reste tout à fait d’accord pour dire qu’il ne faut pas oublier que si la langue est un moyen de s’affirmer, elle n’est pas l’affirmation du soi. En ce sens même si le cheminement qui me mène à cette conclusion diffère de celui de bon nombre de mes camarades, en définitive je pense moi aussi qu’il est nécessaire de ne pas s’arrêter à sa langue de prédilection, je pense qu’elle doit être occasion de se dépasser à nouveau, je pense qu’il n’est guère de reconciliation avec le monde qui soit conditionnée par la seule pratique d’une langue supplémentaire. Comme l’explique le philosophe Vincent CESPEDES dans son livre « Mélangeons-nous », dont on peut trouver un très éclairant commentaire ici, il n’y a véritablement mélange que dans la mesure où, après la fusion, il y a un retour à soi et à ce que l’on était avant. Persister dans la fusion est vain, il faut savoir prendre ses distances avec tout, même avec ce qui nous fait le plus plaisir, or il m’a semblé par instants qu’il manquait peut-être un peu de cette distance critique dans cette adoration que M.Mizubayashi a pour le français (d’un certain français pourrait-on même dire, voire une certaine vision de la France : celle, reconnaissons-le, de la haute culture).

 

M.Mizubayashi n’est pas vraiment un xénophobe, loin s’en faut. Et pourtant, serait-il complètement déraisonnable de lui reprocher une certaine « xénophilie » qui, bien que partant d’une louable intention, échoue comme la xénophobie à créer un rapport sain et équilibré avec l’autre comme avec soi ? Aimer l’autre parce qu’il est différent. Voilà une question à laquelle je n’ai pas encore de bonne réponse et au sujet de laquelle il me faut vite procéder à un examen de conscience...

 

Je termine donc sur cette citation de Rousseau, dont M.Mizubayashi est un spécialiste (c’est moi qui souligne) :

 

« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins. » (Jean-Jacques Rousseau, Émile, ou De l’éducation, Livre premier)

 

Jérémy

 

PS :

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur Mizubayashi-sensei, vous pouvez essayer ces critiques élogieuses de son livre ici, ici ou ici.

 

Je vous recommande également l’écoute des 27 premières minutes de cette interview (France Culture) dans laquelle il parle, à chaud, de la catastrophe de mars (ironiquement il a quitté le Japon pour aller faire la promotion de son livre en France 3h avant le tremblement de terre).

 

Deux autres vidéos ici et ici. Thèmes abordés dans la première : apprentissage du français pour un Japonais et inverse, « agrammaticalité » et capacité d’improvisation japonaise vs rigueur systématique et contraintes du français, anecdote personnelle sur « Bonjour messieurs dames ! » et appelatifs (« ma bibiche », « mon amour », etc). La seconde vidéo tend à reprendre les sujets habituels dont il parle quand il fait la promotion de son livre.

 

 

 

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 10:51

Osu !

 

J’aime bien lire les articles de Régis ARNAUD sur Newsweek Japan (en japonais). Il donne un point de vue français (souvent « karakuchi » ) sur l’actualité japonaise ; récemment par exemple il a écrit des articles très critiques à l’encontre de la manière avec laquelle le gouvernement japonais essayait de donner envie aux touristes étrangers de se rendre au Japon (il critiquait entre autres le fait d’utiliser comme ambassadeurs des boysbands nippons « yurukyara » totalement inconnus du public non-Japonais). Ces articles ont à leur tour suscité pas mal de réactions.

 

Qui est Régis ARNAUD ?

 

Régis ARNAUD est correspondant au Figaro, rédacteur en chef de la revue trimestrielle de la CCIFJ « France Japon Eco ». Il a aussi écrit un roman introuvable mais dont on peut lire un extrait ici et fait également dans la création artistique (films, théâtre). Encore un sempai quoi. Même que je l’ai aperçu la semaine dernière quand je suis allé faire à tour à la CCIFJ.

 

Dernière article (5 décembre 2011)

 

Dans son dernier article publié aujourd’hui, il parle du paradoxe entre le fait que le Beaujolais Nouveau – vin pourtant populaire et relativement peu complexe quant à sa fabrication – cartonne au Japon grâce à un marketing efficace alors que le nihonshu – alcool d’une profondeur et d’une subtilité qui n’a rien à envier à nos vins – est désespérement mal connu en dehors de l’Archipel. Pour lui, il s’agit en grande partie d’un problème de stratégie marketing (plus ou moins honnête, marketing oblige) : si pour le Beaujolais la machine est rodée de chez rodée, le gouvernement japonais (encore lui !) et les producteurs de nihonshu sont, quant à eux, des grosses quiches en matière de promotion.

 

Pour l’anecdote, moi qui vis à Nada (un haut lieu de la production japonaise de nihonshu), je ressens la même chose dans mon travail, car dans le boulot de CIR il est parfois question de cuisine. Les producteurs de nihonshu se plaignent en effet que pour les Français, le « saké » se résume à l’alcool à 40° qu’on nous sert en guise de digestif dans les restos pseudo-japonais. Cet alcool n’a rien à voir avec le nihonshu, ainsi la première mission de ces producteurs est de casser cette perception. J’ajoute que lors de la venue d’Hervé BUSSET mise en lien ci-dessus, je me souviens qu’il avait trouvé un saké qui se mariait particulièrement bien avec le chocolat (pour le dessert de ce mémorable repas franco-japonais en mars 2010 il y avait un Paris-Brest avec une sauce chocolat). Même moi qui n’y connais rien et qui ne commence à vraiment apprécier l’alcool que depuis quelques semaines (nom de dieu j’ai mis le temps...), j’ai kiffé ! C’est pour vous dire à quel point il y a du potentiel dans ces choses-là.

 

Soirées Nihonshu !

 

Le second gros point de son article, je ne sais pas s’il pense réellement ce qu’il écrit, mais je trouve l’idée très bonne : afin de rétablir l’équilibre entre la forte consommation d’alcool français au Japon et celle quasi inexistante de saké en France, Régis ARNAUD propose d’organiser des « Soirées Nihonshu » chaque année lors de l’équinoxe d’automne, soirées pendants lesquelles le nihonshu serait vendu à prix réduits dans les désormais nombreux restaurants japonais de l’hexagone. Quelques-uns des 35 000 Japonais sur Paris viendraient en kimono et sur les bords de la Seine (oui a priori la province n’existe pas, mais on va pas tout lui demander quand même à M.Arnaud....), on organiserait des tsukimi-kai (des séances de « visionnage de la lune » dans le même esprit que les hanami). Tout cela aurait pour effet de booster la demande en matière de nihonshu et de donner davantage envie aux Français de faire un tour au Japon et de visiter les fabriques de saké ! (Venez dans le Hyôgo on en a plein ! Et Niigata en est un gros producteur aussi !! ^^)

 

Son japonais

 

Dernière chose, ces articles sont vraiment écrits dans un bon japonais, je les recommande aux apprenants. Moi qui envisage de bloguer un peu plus dans cette langue, je serais très content si j’avais une telle maîtrise de l’écrit ! Soit il est traduit, soit il est native-checké. Ne l’ayant jamais rencontré ni entendu parler japonais, je ne peux rien en dire.

 

Une chose quand même, là aussi juste à titre anecdotique, une fois j’ai vu à la télé un autre correspondant d’un grand quotidien français (Le Monde), Philippe MESMER. Pour 9 ans de Japon et vu le poste qu’il occupe, franchement je l’avais trouvé plutôt moyen (et je n’étais pas le seul à penser ça : lien fofo).

 

Des Soirées Nihonshu donc. A boir..., pardon, à voir. 

 

Jérémy

 

Vocabulaire japonais :

Karakuchi (辛口 からくち) : « sec » comme « vin sec » au sens propre. Au sens figuré ce mot s’utilise souvent dans le sens de « sévère », pour parler d’une critique par exemple.

 

Yurukyara (ゆるキャラ) : mot composé de l’adjectif « yurui » (緩い ゆるい lâche, mou) et d’une abrévation de « kyarakutaa » (version japonisée de « character », personnage). L’expression complète originale est ゆるいマスコットキャラクター (yurui masukotto kyarakutaa). Il s’agit de ces innombrables mascottes que l’on trouve partout au Japon pour représenter des organismes publics, des entreprises etc. (expression moderne de la croyance en des kamis habitant toute chose ?).

 

Nihonshu (日本酒 にほんしゅ) : littéralement, « alcool japonais ». Je suppose que c’est l’équivalent japonais de ce que nous appelons « saké », sans trop savoir de quoi on parle.

 

 

 

 

 

Par Jérémy - Publié dans : Divers
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  • Japon Kobe Hyogo
  • Bonjour ! Je m'appelle Jérémy. Après avoir appris le japonais en autodidacte pendant plus de 10 ans, depuis 2007 je vis au Japon et y travaille comme CIR (coordinateur en relations internationales) dans le cadre du programme JET.
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  • 06/07/1982

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